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PONDY-PECHEURS

un an après ...


26 décembre 2004, 26 décembre 2005

un anniversaire qui s'annonce très médiatique.

Mais pour Pondy-Pêcheurs un anniversaire qui nous donne l'occasion de relever la tête, de nous retourner
et de faire le point sur le chemin parcouru …

Pondichéry, le 15 décembre 2005

 
     

un bilan à voir et revoir sur le site
mais également la possibilité
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1 - Rappel

2 - Évolution de la situation

3 - Chronologie des actions

4 - Pondy-Ecole impulse notre futur

5 - Vers une formation professionnelle

6 - Actions en direction des femmes

7 - Situation administrative à l'indienne

8 - Les actions en chiffre

9 - Budgétisation des actions

10 - En guise de conclusion provisoire


Quand le Tsunami est venu frapper les côtes, devant la terrible nouvelle et les urgences de l'immédiat, notre volonté d'aider s'est spontanément portée sur Pondichéry où nous résidons tous et sur les côtes du Tamil Nadu.

Une seule question "Que faire pour aider au mieux ces pêcheurs que nous côtoyons depuis des années ?"
Un groupe s'est formé pour fournir une aide aux villages touchés qui n'avaient pas encore été secourus : de la nourriture, des ustensiles de cuisine, des couvertures … répondre à l'urgence du quotidien. Aucun d'entre nous n'était (et n'est d'ailleurs toujours pas) professionnel de l'assistance d'urgence.

Une idée maîtresse s'est imposée : redonner aux populations touchées les outils de travail pour leur permettre de retrouver au plus vite leur autonomie financière.
Corollaire de cette profession de foi : pas d'assistanat mais une collaboration dans laquelle nous fournissons techniques, moyens et matériaux, et par laquelle les pêcheurs sont les artisans de la reconstruction de leurs bateaux.

L'expérience de la vie locale depuis de nombreuses années et la chance d'avoir parmi nous deux jeunes tamouls totalement investis dans cette aventure, nous a donné la possibilité d'analyser la situation et son évolution, et de chercher les ajustements permanents nécessaires.
Par exemple, découvrir qu'avant le tsunami, la grande majorité des pêcheurs n'étaient pas (plus) propriétaires de leurs bateaux mais le louait à la journée à des personnes aisées qui disposaient de petites flottilles, nous a conduit à chercher une réponse autre que le don individuel à un pêcheur ;

Le système des Self Help Groups de femmes fonctionnant déjà assez bien pour des micro-entreprises coopératives dans un certain nombre de villages du Tamil Nadu, c'est sur ces structures que nous avons décidé de nous appuyer. C'est ainsi qu'est née la Charte, contrat moral que nous établissons avec les villages partenaires et qui impose une coopérative de femmes comme interlocutrice de Pondy-Pêcheurs et dépositaire des bateaux et matériel fournis.

Les victimes ont essentiellement été les pêcheurs de mer dont les centaines de villages posés sur la plage, souvent à quelques mètres des brisants, s'échelonnaient sur plus de cinq cents kilomètres.
L'Inde a payé un tribu de près de 14 000 victimes, dont plus de la moitié étaient des enfants qui pour beaucoup, se sont précipités pour ramasser des poissons échoués lors du fort retrait de la première vague … et ont été balayés par la vague suivante.
Ces pertes sont autant de souffrance et de douleurs qui mettront encore beaucoup de temps avant de cicatriser.

Il faut rappeler que contrairement à d'autres pays atteints profondément à l'intérieur des terres, la vague meurtrière sur la côte indienne n'a que peu pénétré sauf sur les zones de delta, marécageuses et lagunaires (Karikal, Nagapattinam).

Nous sommes cependant tentés d'écrire que le véritable tsunami n'a pas été la grande vague mais ses conséquences sociales et économiques sur toute la zone.
L'énorme élan de solidarité qui a suivi la tragédie, a amené dans la zone touchée du Tamil Nadu une quantité d'argent considérable.
Les grosses associations urgentistes n'ont eu qu'une très faible action : l'Inde pas du tout touchée dans ses structures, a elle-même dépêché sur place ses équipes et son armée largement suffisantes pour faire face à la situation (elle a même été le premier pays à envoyer des équipes de secours au Sri Lanka voisin).

Très peu d'ONG venues par la suite pour aider à la reconstruction, avaient une connaissance préalable du terrain, des mentalités, des spécificités socioculturelles non seulement de la région, mais plus particulièrement des pêcheurs de mer, traditionnellement réputés pour être un groupe ethnique (une caste) "rugueux".
Pleines de bonne volonté et de dons à distribuer, présentes sur place pour un laps de temps assez limité, elles se sont toutes heurtées au même problème : à qui donner et quoi donner ? A ces deux questions, très souvent les réponses ont été les mêmes : les mêmes bateaux … aux mêmes villages répertoriés !

Entre février et mai, les "besoins" des pêcheurs de mer sont devenus des "exigences" (avec blocage de la pêche tant que leurs revendications ne furent pas exaucées) ; il n'était plus question que de grosses barques en fibre de verre avec moteur, ce qui ne constituait précédemment qu'une minorité de la flotte.

A leur décharge, il convient de reconnaître que les fournitures proposées par certaines ONG tenaient de l'aimable plaisanterie (des attached-cases ont été offerts à certains villages par une ONG !). Très rapidement les village se sont mis à "trier" ce que les ONG venaient leur proposer et parfois de façon fort désagréable, certains volontaires plein de bonne volonté se sont faits vertement houspiller pour venir proposer des vêtements usagés qu'ils avaient recueillis et apportés…

D'autres problèmes profonds subsistent, à commencer par celui du relogement des sinistrés.
Dans l'urgence, les pêcheurs ont été relogés dans des villages de tentes ou de huttes, dressés plus profondément dans les terres.

Promesse a été faite par le gouvernement de reloger tout le monde dans du dur.

Pour construire de nouveaux villages, des terres ont été réquisitionnées sur le domaine agricole, loin du rivage.


Double insatisfaction, des agriculteurs bien sur, mais aussi des pêcheurs traditionnellement les pieds dans l'eau, tirant leur bateau sur le rivage et ramenant à la maison filets, matériel et moteur tous les soirs.

 Comment faire quand la maison est à plus d'un kilomètre ?

 

   
Pour certains, ce dégagement des villages de pêcheurs de la frange côtière, ne serait pas dénué d'arrières pensées liées au réveil touristique de la région.

Un an après, sur le terrain, les choses sont loin d'être réglées. : certes quelques villages sont reconstruits en dur, mais nombre de villages de toile perdurent et s'installent dans la durée.

D'autre part, l'angoisse apaisée par le temps qui passe, de nombreux pêcheurs sont revenus s'installer sur les anciens emplacements …

 

Les différents bilans dressés sur place indiquent que la flotte de pêche a plus que doublée depuis le tsunami. Si l'impact à moyen et à long terme sur l'équilibre pélagique n'est pas évalué, par contre les autorités indiennes ont établi une autre conséquence immédiate : deux fois plus de bateaux nécessitant deux fois plus de bras, ce sont les jeunes fils de pêcheurs qui sont retirés de l'école en grand nombre...

 

Sur le rivage de Mamallapuram, la flotte un an et demi avant le tsunami ... et en septembre 2005, huit mois après

Soyons clairs : qu'une population traditionnellement aussi pauvre que celle des pêcheurs de la Côte de Coromandel puisse bénéficier d'une manne exceptionnelle, conséquence d'une tragédie naturelle, ne semble pas choquant, à condition que d'une part cet apport financier serve à construire l'avenir, et que d'autre part des miettes de ce gâteau bénéficient aussi aux populations voisines (agriculteurs, pêcheurs de lagune) tout autant sinon peut-être plus pauvres encore.
La première condition n'est que très partiellement atteinte : certes, les vendeurs de barques en fibre de verre, de télévisions ou de motos vont probablement pouvoir "construire leur avenir", mais en ce qui concerne les pêcheurs et leurs familles, peu de choses auront changé quand dans quatre à cinq ans les barques en fibre de verre seront devenues cassantes et dangereuses : leur tarif excessif ne permettra pas leur renouvellement, si ce n'est au prix d' un lourd surendettement.
Quant à la seconde demande, espérer le partage, c'est bien mal connaître le fonctionnement castique, en particulier parmi les castes et sous-castes les plus pauvres. Ici nulle compassion, seule la survie du groupe castique peut justifier l'abandon (partiel) d'avantages personnels.
"Avoir" aujourd'hui avec la peur de "manquer" demain peut aisément expliquer ce réflexe "égoïste".

En tout état de cause, seuls les villages de pêcheurs de mer ont été identifiés par les autorités indiennes comme bénéficiaires des aides de l'État … et suivis par les ONG.
Là aussi il s'agit d'une méconnaissance profonde de la réalité du terrain :
   - sur le strict plan des dégâts liés au tsunami, de nombreuses communautés villageoises de pêcheurs de lagune ont subi des pertes importantes de matériel mais n'ont bénéficié d'aucune reconnaissance de perte et donc d'aucune aide n'étant pas classées par les autorités comme villages de Pêcheurs de mer


- d'autres communautés d'agriculteurs particulièrement pauvres ne pouvaient survivre que grâce à des activités complémentaires de pêche lagunaire … et à ce titre, ont été doublement ignorées, même quand les rizières ont été salées par la vague et sont condamnées pour deux à trois ans à ne plus pouvoir produire ou que très peu.

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