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 PONDY-PECHEURS

un an après ...

 

Dans l'urgence des premières semaines, pour pouvoir aider, nous ne pouvions compter que sur nos fonds propres : argent personnel des membres de Pondy-Pêcheurs, virements des proches sur nos comptes bancaires ... Un seul objectif "faire vite".
Nous ignorions totalement si les appels que nous lancions seraient entendus.
Trois semaines après, nous étions rassurés, vos dons arrivaient et nous
pouvions envisager de consolider notre projet.

Les actions de distributions d'aides d'urgence se sont imposées comme les indispensables bouffées d'oxygène à des laissés pour compte à bout de souffle.

 
Mais l'idée directrice de Pondy-Pêcheurs a été de donner la possibilité aux pêcheurs de retrouver leur outil de travail au plus vite, et pour ce faire, leur permettre de réaliser une barque de mer par eux-même.

Lionel, pilier fondateur de notre association, pouvait revendiquer une excellente connaissance des problèmes techniques puisqu'il dirige à Pondy une unité de fabrication de bateaux de plaisance.
Il a établi avec un expert maritime et une équipe de pêcheurs de mer, les caractéristiques d'une barque répondant aux besoins techniques des pêcheurs qui auraient à la réaliser.

 

 
Dès le 9 janvier le prototype était mis à la mer (voir les Archives des anciennes News sur le site). Perfectible, cette barque était remise en chantier.
Quand, aux alentours du 20 janvier, le nouveau prototype a été finalisé, un changement net s'était opéré chez nos partenaires pêcheurs : autant dans l'urgence avaient-ils trouvé les propositions de Pondy-Pêcheurs séduisantes, autant le temps passant, un désengagement progressif est apparu. C'est au cours des essais du second prototype que les choses sont devenues claires : les demandes avaient mutées car les ONG étrangères arrivant les une après les autres, les "offres" se diversifiaient et une barque en bois de quatre mètres sans moteur et à faire soi-même pour la coopérative, ne pesait plus très lourd face à un bateau en fibre de verre de 7 à 9 mètres équipé d'un moteur, offert individuellement et clé en main …

 
Là encore, si Pondy-Pêcheurs peut se revendiquer d'une certaine efficacité, c'est à ses jeunes collaborateurs tamouls et en particulier à Maguey, qu'il le doit.
Ce jeune indien de vingt sept ans, est venu se joindre à nous dès les premières heures de Pondy-Pêcheurs. Etudiant en informatique, surveillant à l'internat du lycée français, parlant français en plus du tamoul et de l'anglais, il a mis tout son temps libre à notre disposition. N'acceptant que le remboursement de ses frais, il a toujours refusé d'être salarié par l'association malgré nos nombreuses sollicitations. Heureux d'être utile à son pays, satisfaisant son envie de bouger (spécificité très indienne), il ne souhaite pas en faire sa profession mais garde cela comme son espace de réalisation ; c'est un minimum de quatre jours plein par semaine que Maguey consacre à Pondy-Pêcheurs ! Qu'il en soit encore remercié.
Maguey joue les enquêteurs, les détectives et les explorateurs ; certains villages sont totalement ignorés, voire isolés par les autres. Il n'existe pas de carte détaillée de la région (considérées comme Secret Défense par l'État indien, seules quelques cartes portant les grands axes et les villages importants sont disponibles). C'est souvent après plusieurs kilomètres, au bout de plusieurs embranchements de chemins de terre que se trouvent les quatre ou cinq huttes recherchées. L'approche, l'explication de l'action, les pourparlers et les contacts successifs sont nécessaires pour qu'une collaboration puisse être établie.
Et pourtant c'est ce travail de fourmi, au ras du sol, à une échelle si modeste qui justifie tout le temps et les efforts que nous consacrons à Pondy-Pêcheurs.

Suite au désengagement des pêcheurs de mer, l'assistance aux pêcheurs de lagune oubliés de tous s'est imposée. Ce fut tout d'abord pour des aides alimentaires d'urgence. Le lien ainsi établi avec cette communauté, le besoin de reconstruction d'une flotte de pêche détruite s'est tout naturellement exprimé.
Communautés délaissées, ces pêcheurs n'attendaient aucune manne miraculeuse mais étaient prêts à s'investir dans la démarche de collaboration que nous proposions.
Nouveau défi pour Lionel, puisque les conditions de navigation et de pêche étaient totalement différentes.
Recherches avec une équipe de pêcheurs dès le 23 janvier et établissement d'un nouveau prototype qui sera mis à l'eau au village dès le 25 (moins de 48 heures après !).

 

 

Quelques ajustements se révèlent nécessaires, mais le proto est déjà satisfaisant à 75%.
Une semaine plus tard, le prototype définitif est validé.

Courant février les choses s'accélèrent : s'il devient maintenant évident que notre action auprès des pêcheurs de mer doit être mise entre parenthèses, celle qui reçoit un très bon accueil de la part des pêcheurs de lagune doit être développée.
Après analyse de la situation, est arrêté le choix d'établir une Charte et d'imposer une Coopérative de femmes comme seul interlocuteur-bénéficiaire.

Autre événement majeur de ce début février, une équipe de bénévoles qui s'efforcent de venir en aide aux enfants des villages touchés par le tsunami vient se joindre à Pondy-Pêcheurs, Pondy-Ecole est né !

La construction des bateaux repose sur un système élaboré selon le schéma suivant :
  le village délègue une équipe de 3 à 5 pêcheurs qui viennent se former à la fabrication de la barque sur une durée de dix jours. Ils sont défrayés (transport, nourriture, possibilité de dormir sur place).
A la fin du stage, chaque stagiaire a construit au moins un bateau.
Ils reviennent au village avec un kit d'outillage, et, en même temps que leur sont livrés les bateaux fabriqués en stage, est livrée une première tranche de 5 à 8 bateaux en kit (éléments prédécoupés, résine, peinture).
Ces bateaux montés, le village doit nous contacter afin que les réalisations soient vérifiées et validées et que soit livrée la tranche suivante, et ce jusqu'à la totale exécution du projet.
A la conclusion, Pondy-Pêcheurs fournit les nouveaux filets de pêche.

 

Dès janvier se pose la question d'un lieu pour former les équipes de pêcheurs à la fabrication des barques.
Si les premières équipes sont forméees dans l'usine de Lionel, il est évident qu'un lieu spécifique doit être trouvé au plus vite.

 
Quelques recherches au nord de Pondy (entre Madras et Pondy) nous ont rapidement convaincu que les ONG s'y bousculent, cette zone correspondant à la première zone traversée par toutes les équipes qui débarquent à Madras.
C'est donc au sud de Pondy que nous développons notre action ; la géographie de nos interventions se centre tout d'abord sur Cuddalore à une vingtaine de kilomètres de Pondy. Nous ouvrirons donc un Centre de Formation à Cuddalore pour limiter les déplacements des pêcheurs en formation.
Alors que commence la prospection des lieux, le recrutement et la formation de l'équipe de charpentiers est assurée à Pondy.
Début mars les premiers bateaux fabriqués en stage à Pondy par les pêcheurs de lagune du premier village sont mis à l'eau ... et ils ont fière allure !
C'est à cette période que le problème de localisation du Centre de formation de Cuddalore semble enfin résolu, le terrain et la construction des locaux étant pris en charge par une association partenaire.


discussion d'une Charte en présence des femmes du Self Helped Group devant tout le village rassemblé
En mars et avril, les différentes actions prennent leur vitesse de croisière :

- signatures de Chartes dans de nouveaux villages de pêcheurs de lagune

- formations de nouvelles équipes de pêcheurs-charpentiers appartenant à de nouveaux villages

- livraison de bateaux en kits dans les villages où une équipe a été formée

- Pondy-Ecole trouve des parrains pour une vingtaine d'enfants, met en place des projets de création ou de réhabilitation d'infrastructures scolaires comme l'Ecole française de Karikal, s'engage auprès de village sur la fourniture d'équipements et d'uniformes pour la rentrée prochaine de juin. L'école primaire est gratuite, mais les fournitures et l'uniforme obligatoire sont à la charge des familles, et quand c'était possible, le choix a été fait de permettre à ces enfants de suivre leur scolarité dans des écoles payantes assurant une formation de base en anglais, connaissance indispensable pour leur avenir.

- de nouveaux projets voient le jour grâce à l'engagement à nos côtés d'associations françaises qui nous sollicitent afin que nous soyont leur relais sur le terrain. Ainsi nous avons proposé à l'association MEDILOR (Médecins d'Intervention de Lorraine) qui souhaitait s'engager dans une action d'envergure dans la région de Karikal, d'y prendre en charge financièrement l'ouverture et le fonctionnement d'un nouveau Centre de formation.

- parfois ce sont les pêcheurs eux-mêmes qui viennent à nous pour solliciter notre aide. Et ainsi nous constatons par nous-même qu'à la mi-avril, il existe encore des familles de pêcheurs oubliés de tous dans un état de précarité et de subsistance nécessitant une aide alimentaire d'extrême urgence, avant les bateaux eux-même.

- la construction du Centre de Cuddalore avance, un peu chaotique

- à la mi-avril Pondy-Pêcheurs renforce son équipe de terrain avec un nouveau salarié Balakrishna qui ne restera finalement que jusqu'en août..

Début mai, début des vacances scolaires d'été ; une partie de l'équipe Pondy-Pêcheurs prend ses congés, alors qu'à Pondy l'équipe de terrain se renforce par l'arrivée des premiers stagiaires de France : souvent des étudiants ou des élèves de grandes écoles désireux de s'investir durant quelques mois dans une action de terrain, tous avec un cœur gros comme ça !
Jean François, Bruno, Pierre, Jean Baptiste, Eugénie,Edouard, Thomas,Stanislas et les autres
soyez tous ici remerciés pour ces moments que vous êtes venus partager avec nous.

Le mois de mai s'est caractérisé par le déplacement de nos activités vers Karikal.

Dans l'incertitude de l'évolution de la situation, Lionel décide de retravailler le projet de la barque de mer afin de disposer d'un prototype finalisé si le besoin se fait jour. Gros travail de mise au point avec Hervé C, pour un proto final baptisé Padgashi V.

 En juin et juillet, prospection et fabrication-livraison des bateaux se poursuivent.
A la fin du mois, c'est (enfin !) l'inauguration du nouveau Centre de Formation à Pondy, fruit de belles recherches, de longues tractations et de quelques désillusions. Mais ça y est, le Centre est opérationnel avec une équipe prête.

           

  A la mi-juillet, c'est la rentrée à Pondy et l'équipe se retrouve au grand complet.
Nous bénéficions de la présence de Raji Parisot, strasbourgeoise native de Pondichéry, qui nous apporte son assistance sur le terrain.
La rentrée scolaire indienne donne à Pondy-Ecole l'occasion de s'exprimer dans de nombreux villages pour permettre à des enfants de faire leur rentrée dans de bonnes conditions.
A la mi-juillet est inaugurée la nouvelle école française de Karikal.
Le mois d'août voit se succéder les formations.
Le Centre de Cuddalore présente des difficultés de fonctionnement en raison de la cohabitation des deux associations ; nous préférons nous retirer et trouver un local à louer pour y établir un Centre dont nous pourrons gérer le fonctionnement à notre convenance.

A la mi-septembre coup dur : Alex, notre futur directeur du Centre de Karikal est dans le coma à la suite d'un grave accident !
Dès que l'information nous parvient, nous le faisons transporter dans le meilleur hôpital de Pondy où il va être parfaitement soigné, les charpentiers du Centre de Pondy se relayant à son chevet.
Début décembre, à l'écriture de ces lignes, Alex est en phase de réveil et bien qu'il n'ait pas encore repris conscience, l'hôpital envisage sa sortie prochaine, ce qui nous place dans l'urgence de lui trouver une structure d'accueil adaptée … chose rare en Inde !
Nous faisons confiance à l'équipe Nelly-Maguey-Solange pour trouver là aussi une solution à cette situation qui nous tient tant à coeur.
 


A la mi-octobre le Centre de Karikal est opérationnel à son tour ;

 

 
De nombreux villages sont en attente de ratification de la Charte afin de commencer la fabrication de leurs barques.
C'est chose faite le 24 octobre, la première formation peut débuter. Un mois après, c'est le troisième village qui s'apprête à venir au Centre.
Octobre - Novembre marque un virage pour Pondy-Pêcheurs : hors la zone de Karikal, le besoin en bateaux est en train de s'étioler avec pour conséquence la baisse d'activité des Centres de Pondy et Cuddalore.
Cette phase était prévue dès le début de notre action et notre questionnement sur "Après les bateaux ?" a depuis longtemps trouvé sa réponse : ce sera la FORMATION.
Il est temps pour nous d'enclencher cette nouvelle phase.

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